Quels sont les quartiers les plus dangereux d'Angoulême ?

Préfecture de la Charente, Angoulême compte 41 908 habitants en 2023 (données INSEE). Installée sur un promontoire dominant la Charente, la ville possède un patrimoine historique important et bénéficie d'une forte identité culturelle, notamment grâce au Festival international de la bande dessinée. Son territoire présente cependant des contrastes marqués entre le centre historique, les secteurs résidentiels et plusieurs quartiers d'habitat social développés principalement au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Comme dans beaucoup de villes moyennes, les problématiques de sécurité ne sont pas réparties uniformément. Les secteurs de Basseau - Grande Garenne, Ma Campagne et Bel-Air - La Grand-Font constituent les trois quartiers prioritaires de la politique de la ville situés à Angoulême. En 2024, ils regroupaient environ 8 126 habitants, soit 19,6 % de la population communale. Ces quartiers présentent des fragilités sociales nettement supérieures à la moyenne communale. À Basseau - Grande Garenne, par exemple, le taux de pauvreté atteint 55 % et 34,7 % des 16-25 ans sont sans emploi et non scolarisés. Le quartier compte également une forte proportion de familles monoparentales.

À l'échelle de la ville, les chiffres de délinquance montrent par ailleurs une présence importante des vols, violences, dégradations et infractions liées aux stupéfiants. En 2025, Angoulême a enregistré 3 747 crimes et délits, soit 89,4 faits pour 1 000 habitants.

Indicateur de criminalité

Nombre de faits en 2025

Taux pour 1 000 habitants

Crimes et délits

3 747

89,41 ‰

Vols et cambriolages

1 410

33,65 ‰

Violences contre les personnes

760

18,13 ‰

Destructions et dégradations

776

18,52 ‰

Trafic et usage de stupéfiants

373

8,90 ‰

Escroqueries et fraudes

428

10,21 ‰

Cambriolages de logements

139

3,32 ‰

Vols de véhicules

101

2,41 ‰

Source : données 2025 issues du ministère de l'Intérieur. Les statistiques officielles de délinquance sont disponibles à l'échelle communale, mais pas sous la forme d'un classement fiable des quartiers d'Angoulême.

Photo panoramique angouleme

Basseau - Grande Garenne : un quartier populaire marqué par une longue transformation

 

Basseau - Grande Garenne constitue l'un des principaux quartiers prioritaires d'Angoulême. Le secteur rassemble aujourd'hui environ 3 560 habitants et présente des indicateurs sociaux particulièrement fragiles. Le taux de pauvreté atteint 55 %, tandis que plus d'un tiers des 16-25 ans ne sont ni scolarisés ni en emploi. La part des familles monoparentales atteint également 40,8 %.

L'histoire du quartier est étroitement liée au développement industriel et à la construction massive de logements sociaux au XXe siècle. Basseau possède également une histoire particulière liée à l'ancien camp militaire et aux baraquements qui ont accueilli différentes populations au cours de l'après-guerre. La municipalité conserve aujourd'hui cette mémoire à travers des projets culturels, notamment autour du documentaire consacré aux enfants ayant grandi dans les baraquements de Basseau entre 1950 et 1965. Le développement des grands ensembles a ensuite profondément modifié le secteur. À partir des années 1960, la construction de logements sociaux répond à la croissance démographique et aux besoins en logements de l'agglomération. Au début des années 2000, la situation du quartier est toutefois considérée comme suffisamment fragile pour justifier une importante opération de renouvellement urbain. Le programme prévoit alors des démolitions, des réhabilitations, une transformation des espaces publics et une diversification de l'offre de logements. L'opération de renouvellement urbain menée à Basseau - Grande Garenne entre 2008 et 2019 a profondément transformé le secteur. Les pouvoirs publics ont notamment cherché à réduire la concentration de logements sociaux, améliorer les espaces publics et créer de nouvelles liaisons avec les quartiers voisins.

 

Des tensions liées aux stupéfiants et aux rivalités entre quartiers

 

Le quartier reste néanmoins régulièrement associé à des problématiques de stupéfiants, de violences et de tensions entre groupes de jeunes. Un fait divers particulièrement marquant s'est produit le 20 février 2025. Un adolescent de 17 ans est décédé après une collision entre une moto-cross et une voiture dans le quartier de Basseau, au carrefour de la rue Saint-Vincent-de-Paul et de la rue Guy-Riffaud. Le conducteur de la voiture, âgé de 21 ans et originaire de la Grande-Garenne, avait pris la fuite après avoir tenté d'incendier son véhicule avant d'être interpellé par la BAC. Selon la police, le jeune homme décédé était connu pour pratiquer des rodéos urbains. Une enquête avait été ouverte afin de déterminer les circonstances précises de la collision.

Basseau avait également été cité dans une importante affaire de stupéfiants en octobre 2023. Deux Angoumoisins avaient été arrêtés dans le Pays basque avec près de 500 kg de produits stupéfiants, dont 400 kg de résine de cannabis, 68 kg d'herbe et 23 kg de kétamine. Des perquisitions avaient ensuite été réalisées dans le quartier de Basseau.

Ces affaires montrent que le quartier peut être concerné par des phénomènes de trafic de stupéfiants, de violences entre jeunes et de rodéos urbains, dans un environnement où les difficultés sociales restent importantes.

 

Grande Garenne : un quartier rénové confronté à des incidents ponctuels

 

La Grande Garenne est historiquement associée à Basseau dans la géographie prioritaire d'Angoulême. Le secteur a connu, comme Basseau, d'importantes opérations de renouvellement urbain destinées à améliorer le parc immobilier et le cadre de vie. Les transformations ont notamment porté sur les logements sociaux, les espaces publics et les équipements de proximité. L'objectif était de réduire les phénomènes d'enclavement et de concentration de la pauvreté qui avaient contribué à dégrader l'image du quartier. Le secteur demeure aujourd'hui un territoire populaire, avec une forte présence d'équipements associatifs et sociaux. La MJC Mosaïque, implantée rue Antoine-de-Saint-Exupéry, occupe notamment une place importante dans la vie locale. Elle assure des missions d'animation, de médiation sociale et culturelle ainsi que différents services d'accompagnement des habitants.

 

L’incendie criminel de la MJC Mosaïque

 

La Grande Garenne a cependant été confrontée à un fait divers particulièrement important dans la nuit du 10 au 11 novembre 2024. La MJC Mosaïque a été ravagée par un incendie volontaire, après l'utilisation d'une voiture bélier. Le bâtiment a été pratiquement entièrement détruit, privant temporairement le quartier d'un équipement essentiel à la vie associative et sociale locale. Le sinistre a nécessité près d'un an de travaux. La structure a finalement rouvert ses portes en octobre 2025, après onze mois de reconstruction. La Ville d'Angoulême a consacré 225 000 euros à la remise en état du bâtiment, soit près d'un tiers du coût total des travaux.

Le secteur reste par ailleurs concerné par les politiques de prévention. La Ville et l'association Oméga ont notamment développé des actions de médiation sociale en milieu scolaire sur les territoires de Bel-Air - Grand-Font et Basseau - Grande Garenne. La situation de la Grande Garenne doit donc être appréciée à travers un double mouvement : d'un côté, une transformation urbaine importante et la présence d'un tissu associatif actif ; de l'autre, des épisodes ponctuels de violence, de dégradation et de tensions sociales.

 

Ma Campagne : un quartier populaire aujourd’hui plus diversifié

 

Ma Campagne est le deuxième quartier prioritaire d'Angoulême. Contrairement à l'image parfois associée aux grands ensembles les plus fragiles, le secteur présente aujourd'hui un profil relativement diversifié, mêlant logements collectifs, secteurs pavillonnaires, équipements publics et espaces naturels. Le quartier compte environ 1 900 habitants dans son périmètre QPV 2024, tandis que l'ensemble plus large de Ma Campagne représente une population nettement supérieure. Le territoire bénéficie de nombreux équipements : centre social, médiathèque, établissements scolaires, équipements sportifs, commerces et services publics. Le secteur a bénéficié d'une opération de renouvellement urbain entre 2005 et 2012. Celle-ci a profondément modifié le parc immobilier et les espaces publics. Plusieurs bâtiments ont été démolis, tandis que les espaces résidentiels ont été réorganisés afin de créer un environnement plus ouvert et plus diversifié.

Aujourd'hui, Ma Campagne conserve toutefois des indicateurs sociaux inférieurs à ceux de la moyenne communale. Un document municipal indique notamment un revenu moyen par habitant de 16 508 euros, ainsi qu'une proportion importante de familles monoparentales.

 

Un homme tué dans un appartement à Ma Campagne en avril 2026

 

Dans la nuit du 29 au 30 avril 2026, un homme de 44 ans a été tué dans un appartement situé dans le quartier de Ma Campagne, à Angoulême. D’après les éléments rapportés dans la presse, une altercation aurait éclaté au cours de la soirée avant de dégénérer. La victime a été mortellement blessée lors de cette bagarre. Les forces de l’ordre sont rapidement intervenues et un homme âgé de 20 ans a été interpellé dans le cadre de l’enquête. Ce décès, survenu directement dans le quartier, illustre les violences graves pouvant ponctuellement se produire à Ma Campagne.

 

Une agression au couteau particulièrement violente en août 2026

 

Le fait divers le plus récent concernant directement le quartier est particulièrement violent. Dans la nuit du 12 au 13 août 2026, un homme âgé de 36 ans a été grièvement blessé à l'abdomen par plusieurs coups de ciseaux à proximité du collège Pierre-Bodet, à Ma Campagne. La victime s'est rendue elle-même aux urgences de l'hôpital de Girac, où elle présentait des blessures extrêmement graves. Les investigations ont permis d'identifier un homme âgé d'environ 40 ans, interpellé alors qu'il tentait de quitter Angoulême en voiture. Il a été placé en garde à vue puis mis en examen et incarcéré dans le cadre d'une procédure pour tentative de meurtre. Selon les premiers éléments rapportés, les deux hommes consommaient de l'alcool avant que la situation ne dégénère. Cet événement, survenu très récemment, constitue l'un des faits divers violents les plus marquants enregistrés à Angoulême durant l'été 2026. Il illustre les épisodes de violence physique grave pouvant ponctuellement survenir dans le quartier.

cathedrale saint pierre angouleme

Bel-Air - La Grand-Font : un quartier en pleine transformation

 

Bel-Air - La Grand-Font est le troisième grand quartier prioritaire d'Angoulême. Son histoire est différente de celle de Basseau ou de Ma Campagne. Le secteur était à l'origine constitué d'espaces ruraux et de quelques fermes. L'installation du chemin de fer au XIXe siècle contribue ensuite à son développement. Le quartier est durement touché par les bombardements du 15 juin 1944. À partir des années 1960, La Grand-Font devient progressivement un faubourg industriel, tandis que Bel-Air accueille d'importants ensembles de logements sociaux construits pour répondre à la crise du logement. Le quartier conserve aujourd'hui une architecture très mixte, associant maisons individuelles et immeubles collectifs. Pendant longtemps, Bel-Air - La Grand-Font a été oublié par les grands programmes de rénovation. Les documents de programmation urbaine soulignaient pourtant depuis plusieurs années une concentration croissante de la pauvreté et des difficultés sociales. Le quartier a finalement intégré un vaste programme de renouvellement urbain.

La transformation actuelle du quartier est particulièrement importante. Le programme de renouvellement urbain représente environ 25 millions d'euros de subventions de l'ANRU et doit notamment permettre d'améliorer les logements, les espaces publics, les équipements et les déplacements. La Ville prévoit également de mieux ouvrir le quartier sur le reste d'Angoulême et de diversifier l'offre résidentielle. En 2025, d'importants travaux ont notamment concerné l'entrée du quartier. Une nouvelle entrée autour du futur groupe scolaire a été aménagée à partir de février 2025, avec une modification de la circulation et la construction du nouvel équipement éducatif. Le chantier s'est poursuivi en 2026. Le nouveau pôle éducatif, comprenant une école élémentaire, une école maternelle, un espace petite enfance et différents équipements destinés aux familles, devait ouvrir à la rentrée 2026.

 

Un homicide en avril 2026

 

Malgré cette transformation, le quartier a été directement concerné par un fait divers dramatique au printemps 2026. Dans la nuit du 13 au 14 avril 2026, un homme sans domicile fixe âgé de 40 ans environ a été retrouvé mort dans le quartier de Bel-Air - La Grand-Font. Les policiers avaient été appelés peu avant minuit pour signaler un individu criant et se roulant par terre dans la rue. À leur arrivée, les secours ont découvert la victime inconsciente et ensanglantée. L'autopsie a révélé plusieurs blessures compatibles avec l'utilisation d'une arme blanche, dont une plaie profonde à la cuisse ayant entraîné une importante perte de sang. Le parquet d'Angoulême a ouvert une enquête pour homicide volontaire, confiée au service interdépartemental de la police judiciaire de Limoges en co-saisine avec le commissariat d'Angoulême. Cet homicide constitue un fait divers particulièrement grave, mais il convient là encore de le replacer dans son contexte : les investigations devaient encore déterminer les circonstances exactes et l'identité de l'auteur au moment des premières communications du parquet.

 

Une ville confrontée à plusieurs formes de délinquance

 

Les différents faits divers récents montrent qu'Angoulême connaît une situation sécuritaire contrastée. Les problèmes les plus lourds ne se limitent pas aux quartiers prioritaires et certaines affaires particulièrement graves se déroulent également dans d'autres secteurs de la ville.

En février 2025, Angoulême a notamment été le théâtre du meurtre d'un artisan franco-albanais, abattu de plusieurs balles alors qu'il se trouvait au volant de son fourgon. L'enquête a ensuite exploré la piste d'un assassinat commis en bande organisée. Cette affaire illustre une forme de criminalité très différente des violences urbaines ou des dégradations généralement associées aux quartiers prioritaires.

La même année, la lutte contre le trafic de stupéfiants a également mobilisé les forces de l'ordre. Une opération menée en février 2025 dans l'agglomération avait notamment permis de saisir 300 grammes de cannabis et 31 grammes de cocaïne, ainsi que plusieurs milliers d'euros en espèces.

Ces événements doivent cependant être mis en perspective avec les statistiques globales. Sur les 3 747 crimes et délits enregistrés en 2025, les vols et cambriolages représentent la première catégorie avec 1 410 faits. Les violences contre les personnes représentent 760 faits et les destructions et dégradations 776 faits. Les infractions liées à l'usage et au trafic de stupéfiants représentent 373 faits.

Angoulême : faut-il investir dans ces quartiers chaud ?

 

La question des quartiers dangereux à Angoulême doit donc être abordée avec une certaine nuance. Les trois quartiers prioritaires — Basseau - Grande Garenne, Ma Campagne et Bel-Air - La Grand-Font — concentrent davantage de difficultés sociales que le reste de la ville, mais ils ne présentent pas tous la même configuration urbaine ni les mêmes perspectives.

Basseau - Grande Garenne a déjà connu une transformation profonde entre 2008 et 2019. Le quartier bénéficie aujourd'hui d'équipements et d'espaces publics modernisés, même si ses indicateurs sociaux restent fragiles et que plusieurs faits divers récents rappellent l'existence de tensions.

Ma Campagne présente une situation différente. Le renouvellement urbain y est plus ancien, le quartier possède une offre importante de services et d'équipements et son tissu urbain mêle habitat collectif et pavillonnaire. Pour un acquéreur, l'analyse doit donc être réalisée à l'échelle de la rue et de l'environnement immédiat plutôt qu'à celle du quartier dans son ensemble.

Bel-Air - La Grand-Font constitue probablement le secteur connaissant actuellement la transformation urbaine la plus visible. Le programme de renouvellement doit se poursuivre jusqu'en 2027 et comprend des investissements importants dans les logements, les espaces publics et les équipements scolaires.

Pour un investissement immobilier, ces transformations peuvent représenter des opportunités de valorisation à moyen ou long terme, notamment lorsque l'acquisition intervient avant l'achèvement des grands projets urbains. Elles doivent néanmoins être mises en balance avec le niveau actuel de demande locative, la qualité de l'immeuble, l'environnement immédiat et les caractéristiques précises de la rue. Comme d’habitude avec les quartiers chauds, l’image de ces derniers peut rendre les périodes de vacances locatives plus longues.

Zacharie Antoine, expert immobilier

Zacharie Antoine

Expert immobilier indépendant, spécialisé dans l’évaluation de biens résidentiels, commerciaux et patrimoniaux depuis 15 ans. Mon approche repose sur une analyse rigoureuse des données techniques, juridiques et urbanistiques, complétée par une lecture précise des dynamiques du marché local.