Quartiers dangereux à Lyon : les secteurs les plus exposés à la délinquance
Sommaire
Avec plus de 519 000 habitants en 2023, Lyon est la troisième commune la plus peuplée de France et constitue le principal pôle urbain de la région Auvergne-Rhône-Alpes. La ville présente une organisation très contrastée, avec un centre historique dense, des quartiers résidentiels relativement favorisés et plusieurs secteurs populaires situés notamment dans les 3e, 7e, 8e et 9e arrondissements. Cette diversité se retrouve également dans les problématiques de sécurité. Les données de délinquance enregistrée montrent un volume important de vols, violences, dégradations et infractions liées aux stupéfiants. Le ministère de l'Intérieur publie les statistiques de délinquance à l'échelle communale, tandis que les enquêtes menées auprès des habitants permettent de mieux identifier les secteurs dans lesquels le sentiment d'insécurité est le plus marqué.
La géographie prioritaire donne également des indications sur les secteurs confrontés à des difficultés sociales plus importantes. Depuis la révision de 2024, Lyon compte 11 quartiers prioritaires de la politique de la ville, représentant environ 42 000 habitants, soit près de 8 % de la population lyonnaise. Parmi eux figurent notamment Mermoz, États-Unis-Langlet-Santy, La Duchère, Moncey et Cités Sociales de Gerland.
Tableau récapitulatif de la criminalité à Lyon
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Indicateur |
Données 2025 |
Taux pour 1 000 habitants |
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Population |
519 127 habitants |
— |
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Crimes et délits |
62 618 faits |
120,62 ‰ |
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Vols et cambriolages |
41 075 faits |
79,12 ‰ |
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Violences contre les personnes |
5 477 faits |
10,55 ‰ |
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Destructions et dégradations |
5 819 faits |
11,21 ‰ |
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Escroqueries et fraudes |
5 257 faits |
10,13 ‰ |
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Stupéfiants |
4 990 faits |
9,61 ‰ |
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Cambriolages de logements |
2 192 faits |
4,22 ‰ |
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Vols de véhicules |
1 503 faits |
2,90 ‰ |
Sources : données 2025 du ministère de l'Intérieur reprises par Linternaute ; population Insee 2023.
Les 41 075 vols et cambriolages constituent de loin la première catégorie recensée à Lyon, tandis que les 5 477 violences contre les personnes, les 5 819 destructions et dégradations et les 4 990 infractions liées aux stupéfiants donnent une indication sur les principales problématiques enregistrées. Ils ne permettent toutefois pas de dire que tel quartier concentre une proportion précise de ces infractions. Le ministère rappelle que les statistiques communales correspondent aux faits enregistrés par les services de police et de gendarmerie et qu'elles ne constituent pas une mesure exhaustive de tous les phénomènes de délinquance.

La Guillotière : un secteur central marqué par des problématiques de sécurité
La Guillotière occupe une place particulière dans la géographie lyonnaise. Ancien faubourg situé sur la rive gauche du Rhône, le quartier a longtemps constitué une porte d'entrée vers Lyon et un lieu de passage pour différentes populations. La Ville de Lyon rappelle qu'il s'agit du premier secteur urbanisé de la rive gauche du Rhône, historiquement marqué par l'accueil de populations immigrées et par une forte diversité culturelle. Aujourd'hui encore, le secteur est caractérisé par une forte densité commerciale, une importante fréquentation des espaces publics et une grande diversité de commerces et d'activités. La Guillotière ne constitue toutefois pas un quartier prioritaire au sens de la géographie QPV 2024. Elle est néanmoins régulièrement citée dans les enquêtes locales portant sur le sentiment d'insécurité. L'enquête Écoute-habitants 2024 indique que les secteurs Moncey-Voltaire-Guillotière et États-Unis figurent parmi ceux dans lesquels les habitants déclarent le moins se sentir en sécurité. Dans le secteur Guillotière-Voltaire, le sentiment de sécurité s'est néanmoins amélioré en 2024, avec une progression par rapport à l'année précédente.
La situation est également suivie par les services de l'État. Les 19 et 20 novembre 2025, une opération de sécurisation de grande ampleur a été menée dans les quartiers de la Guillotière et de Villeroy. 194 policiers nationaux, accompagnés notamment de douaniers, de policiers municipaux et d'autres services administratifs, ont été mobilisés. La préfecture précise que des opérations comparables avaient déjà été organisées dans plusieurs secteurs de Lyon au cours des mois précédents.
Les faits divers récents montrent que les problématiques peuvent prendre une tournure plus violente. Dans la nuit du 26 au 27 juin 2026, deux hommes ont été blessés par balle place Gabriel-Péri, à l'angle des rues Béchevelin et des Trois-Rois. Selon les premiers éléments rapportés, deux individus circulant à trottinette auraient ouvert le feu avant de prendre la fuite. Les deux victimes, âgées de 19 et 34 ans, ont été touchées aux pieds et transportées à l'hôpital ; leurs jours n'étaient pas en danger. Une enquête pour violences volontaires avec armes a été ouverte.
Quelques semaines plus tard, dans la nuit du 15 au 16 août 2026, deux hommes ont également été interpellés après des coups de feu tirés depuis une voiture rue Paul-Bert. Cinq douilles ont été retrouvées sur place et les deux suspects ont été placés en détention provisoire, poursuivis pour violences avec arme et transport d'arme prohibée.
Mermoz : un quartier populaire profondément transformé
Le quartier de Mermoz, dans le 8e arrondissement, possède une histoire directement liée à l'expansion urbaine de Lyon après la Seconde Guerre mondiale. À l'origine, le secteur était essentiellement constitué de terrains agricoles utilisés par des maraîchers et des horticulteurs. Après-guerre, la forte croissance démographique entraîne une importante construction de logements et le nombre d'habitations triple en une trentaine d'années. Le quartier se structure progressivement autour de deux secteurs, Mermoz Nord et Mermoz Sud, séparés pendant plusieurs décennies par l'autopont reliant l'avenue Jean-Mermoz à l'autoroute A43. Mermoz fait aujourd'hui partie des quartiers prioritaires de Lyon et constitue l'un des principaux secteurs de renouvellement urbain de l'est lyonnais. La première phase de transformation a notamment conduit à la démolition de l'autopont, à la création d'un boulevard urbain et à la diversification de l'habitat. Dans le nord du quartier, les opérations engagées depuis 2007 ont progressivement réduit la concentration du logement social : le taux de logements sociaux est passé de 100 % en 2007 à 51 % en 2016 dans le secteur concerné. La transformation se poursuit aujourd'hui à Mermoz Sud. Le programme prévoit notamment la construction de plus de 700 logements neufs, la réhabilitation de plusieurs centaines de logements sociaux et la démolition de 500 logements. Les espaces publics sont également réaménagés, avec la transformation du mail Narvik, la création d'espaces verts et la rénovation des équipements scolaires et sportifs.
Malgré cette évolution urbaine, Mermoz reste confronté à des épisodes de violence liée aux armes. Le 21 mai 2026, un homme a été blessé par balle à la jambe rue de Narvik, dans le secteur de Mermoz Sud. Le tireur présumé a ensuite été violemment pris à partie par plusieurs personnes avant l'intervention de la police. Les deux hommes ont été transportés à l'hôpital et une enquête a été ouverte pour déterminer les circonstances exactes de l'affrontement.
Cet événement est intervenu quelques jours seulement après une autre fusillade dans le 8e arrondissement, le 18 mai 2026, rue du Professeur-Tavernier. Plusieurs personnes avaient alors été blessées par balle.
Les États-Unis : un grand quartier chaud entre patrimoine et tensions
Le quartier des États-Unis, dans le 8e arrondissement, possède une identité urbaine très particulière. Il s'étend le long du boulevard des États-Unis jusqu'aux limites de Vénissieux et compte environ 15 000 habitants. Son patrimoine est notamment marqué par la cité industrielle de Tony Garnier, construite entre 1921 et 1933 et composée à l'origine de 46 immeubles destinés notamment au logement des ouvriers. Le quartier constitue aujourd'hui un QPV important de Lyon, associé au secteur États-Unis-Langlet-Santy. Les politiques publiques cherchent à améliorer progressivement son cadre de vie tout en conservant son caractère populaire. Le projet « Cap sur les États », engagé depuis 2023, prévoit notamment la rénovation des logements, la création d'espaces verts, l'apaisement des espaces publics et la diversification des commerces et activités.
Les enquêtes auprès des habitants montrent toutefois que la question de la sécurité reste particulièrement présente. En 2024, les secteurs des États-Unis figuraient parmi ceux enregistrant les niveaux les plus faibles de sentiment de sécurité, avec une baisse particulièrement marquée autour de Pressensé, Bonnefond et Leynaud.
L'année 2026 a par ailleurs été marquée par plusieurs faits divers violents dans le secteur. Le 18 mai 2026, une fusillade a éclaté à l'angle des rues du Professeur-Tavernier et du Professeur-Beauvisage. Plusieurs personnes ont été blessées par balle et un important dispositif policier a été déployé.
Le 1er juin 2026, une nouvelle fusillade s'est produite rue du Professeur-Tavernier. Un homme a été blessé par balle à la cuisse avant d'être conduit à l'hôpital Édouard-Herriot. Son pronostic vital n'était pas engagé et une enquête avait été ouverte.
Quelques semaines plus tard, le secteur a de nouveau fait parler de lui. Le 17 juillet 2026, une bagarre sur la place du 8-Mai-1945 a fait un blessé grave. Le lendemain, entre 150 et 200 personnes se sont réunies sous la halle du marché, provoquant des tensions avec certains riverains. Le Progrès rapportait alors une forte exaspération locale face aux nuisances et aux débordements observés durant ce week-end.
La Duchère : un quartier confronté aux trafics
Située dans le 9e arrondissement, La Duchère constitue l'un des grands quartiers populaires historiques de Lyon. Son développement est lié à l'importante croissance démographique de l'après-guerre et à la construction de grands ensembles destinés à répondre à la pénurie de logements. Le quartier s'étend aujourd'hui sur environ 120 hectares et possède une identité urbaine profondément remodelée par plusieurs générations de rénovation. La transformation de La Duchère constitue l'un des projets de renouvellement urbain les plus importants de Lyon. Le premier programme national de renouvellement urbain a notamment permis de transformer le secteur du Plateau. De nouvelles opérations concernent désormais La Sauvegarde et le Château, avec des interventions sur les logements, les espaces publics et les équipements.
Cette transformation n'a cependant pas supprimé toutes les problématiques de sécurité. Le quartier a connu ces dernières années plusieurs affaires liées aux trafics de stupéfiants et aux armes, ainsi que plusieurs fusillades. Le 9 mars 2025, un homme de 31 ans a notamment été tué par balle place de l'Abbé-Pierre. Il avait reçu deux projectiles au thorax et une enquête pour homicide avait été ouverte. La situation a continué à faire l'objet d'une surveillance particulière en 2025 et 2026. En juin 2025, un jeune homme de 20 ans avait été interpellé après un rodéo à moto-cross rue de la Sauvegarde, après un refus d'obtempérer. Il circulait sans casque et sans permis.
En août 2025, une porte d'appartement avait également été incendiée avenue Rosa-Parks à l'aide d'un dispositif combinant notamment un pétard et un bidon de gel hydroalcoolique. L'incendie s'était propagé à l'intérieur du logement, heureusement vide au moment des faits, tandis qu'un individu encagoulé avait été aperçu prenant la fuite.
Le quartier reste par ailleurs associé à des phénomènes de trafic de stupéfiants et à des règlements de comptes. Le dossier consacré par Le Progrès aux fusillades de La Duchère rappelle notamment que deux jeunes hommes de 16 et 20 ans avaient été tués lors d'une fusillade en juin 2022. En janvier 2026, une arme de type Kalachnikov a également été découverte dans les parties communes d'un immeuble du quartier. Une partie de ces faits s’inscrit dans le contexte plus large du narcotrafic à La Duchère, notamment autour des points de deal et des rivalités entre réseaux. Les fusillades, la circulation d’armes et certains règlements de comptes sont susceptibles d’être liés à ces conflits entre trafiquants, comme l’illustrent les affaires recensées par Le Progrès.
Moulin-à-Vent : un quartier enclavé marqué par des tensions récurrentes
Le Moulin-à-Vent, dans le 8e arrondissement de Lyon, s'étend autour de la rue Challemel-Lacour et de la route de Vienne, à la limite de Vénissieux. Le secteur est notamment constitué de logements construits à partir des années 1960, avec la résidence Albert Laurent, un ensemble de 17 étages regroupant plus de 400 logements à proximité de la voie ferrée. Depuis 2024, le périmètre du quartier prioritaire a également été étendu aux résidences Montagny et aux écoles. La municipalité décrit un secteur relativement éloigné du centre de l'arrondissement, confronté à un sentiment d'isolement et d'abandon ainsi qu'à des fragilités sociales et économiques.
Les enquêtes réalisées auprès des habitants montrent que ces difficultés se traduisent aussi dans le rapport à la sécurité. En 2022, 66 % des habitants déclaraient se sentir en sécurité dans leur quartier, contre 78 % hors QPV ou QVA, tandis que 41 % indiquaient avoir été témoins ou victimes d'un acte de délinquance. En 2023, Polville classait Moulin-à-Vent parmi les secteurs lyonnais connaissant des difficultés fortes et plurielles dans le rapport au quartier, avec les États-Unis et Moncey-Voltaire-Guillotière.
Plusieurs événements récents illustrent les tensions pouvant apparaître dans le secteur. Dans la nuit du 5 au 6 avril 2026, des affrontements ont opposé des jeunes aux forces de l'ordre : des poubelles ont été incendiées rue Challemel-Lacour, tandis que plusieurs mortiers d'artifice étaient tirés. La circulation du T6 et de plusieurs lignes de bus a été interrompue et un barrage de police a été installé à l'angle de la rue Challemel-Lacour et de la route de Vienne. Le quartier avait déjà fait l'objet de faits divers significatifs : en juin 2025, une explosion avait fortement endommagé une pizzeria rue du Professeur-Roux, la police ayant ouvert une enquête pour déterminer son origine. En août 2025, une femme avait par ailleurs été victime d'un vol avec violences dans un immeuble du quartier qui rappelle la problématique globale de vol dans la ville.
Le secteur fait l'objet d'un projet de territoire 2024-2030 destiné notamment à améliorer le cadre de vie, l'accès aux services et l'ouverture du quartier. Le classement en QPV ne signifie donc pas que l'ensemble du secteur est soumis à une délinquance élevée : les difficultés sont davantage concentrées autour de certains ensembles d'habitation et espaces de passage.

Les Cités sociales de Gerland : un secteur confronté aux trafics et à l’isolement
Les Cités sociales de Gerland, dans le 7e arrondissement, constituent un quartier chaud plus restreint mais particulièrement intéressant. Le territoire compte environ 1 694 habitants et comprend notamment la Cité Jardin, à laquelle se sont ajoutés depuis 2024 les trois blocs de la résidence Alexandre-Charbin dans le périmètre du QPV. Malgré sa proximité avec les grands équipements et les transports de Gerland, le secteur est décrit par la Ville comme relativement isolé. La problématique sécuritaire y est explicitement associée aux activités de trafic illicite dans les documents de la politique de la ville. La municipalité indique que ces pratiques contribuent à dégrader l'image du quartier et entraînent une sous-utilisation de certains espaces publics. Le secteur cumule par ailleurs plusieurs fragilités sociales : chômage plus élevé, difficultés liées au logement, ménages isolés et difficultés scolaires. Un projet de transformation urbaine lancé en 2024 vise précisément à répondre à cet enclavement, aux problèmes d'insécurité et aux conditions de vie précaires.
Le sentiment de sécurité a d'ailleurs connu une évolution défavorable. L'enquête municipale 2024 fait état d'une baisse de six points à Gerland par rapport au taux enregistré dans l'ancien périmètre QPV en 2023.
La situation de Gerland s'est également retrouvée au centre de préoccupations plus larges en 2026, avec l'installation de la gare routière internationale à proximité du secteur. Depuis janvier, plusieurs faits d'insécurité ont été signalés aux abords de cette nouvelle gare, conduisant la Métropole à débloquer 350 000 euros supplémentaires pour améliorer l'éclairage, clôturer certaines zones et sécuriser les cheminements des voyageurs. Le site accueille plus de 200 autocars par jour et environ trois millions de visiteurs annuels, ce qui modifie fortement les flux autour du quartier.
Gorge de Loup, La Vallonnière et Le Vergoin : des situations contrastées dans le nord-ouest lyonnais
Les secteurs de Gorge de Loup, La Vallonnière et Le Vergoin, dans le 9e arrondissement, forment un ensemble géographique plus complexe. Ils appartiennent au même territoire de la politique de la ville avec Sœur Janin, mais présentent des caractéristiques urbaines différentes. Gorge de Loup est un quartier de passage, bien relié au reste de Lyon, tandis que La Vallonnière et Le Vergoin sont davantage constitués autour d'ensembles résidentiels. La Vallonnière est devenue un QPV en 2024 ; ses trois principaux immeubles, construits à partir des années 1960, regroupent près de 440 logements et environ 900 habitants. Gorge de Loup connaît surtout des problématiques liées à son fonctionnement urbain. Polville décrit un « quartier de passages », bien connecté au tissu lyonnais mais disposant de peu d'espaces de vie collective et d'espaces verts. Le secteur des Deux-Amants constitue par ailleurs une zone plus difficilement reliée au reste du quartier. Les politiques publiques ciblent donc davantage l'animation du quartier, le lien social, les jeunes et les familles de La Vallonnière que la seule question sécuritaire.
Cela ne signifie pas pour autant que les faits de délinquance sont absents. En février 2025, une intervention de police dans un immeuble de la rue Louis-Loucheur, à Gorge de Loup, après un signalement de violences conjugales, a conduit à la découverte de plus de 37 kg de cannabis dans un logement. Le dossier illustre la présence ponctuelle de problématiques liées aux stupéfiants dans le secteur, sans permettre à lui seul de qualifier l'ensemble du quartier de zone de trafic.
Le Vergoin présente une configuration encore différente. Polville le décrit comme un quartier « au vert et à taille humaine », mais géographiquement isolé. Les priorités du projet de territoire portent principalement sur l'ouverture du quartier, la mobilité, l'accès aux services et l'accompagnement des jeunes. En mars 2025, une intervention de police a néanmoins eu lieu rue de Saint-Cyr après le signalement d'une altercation au cours de laquelle des individus auraient exhibé des armes et où des témoins affirmaient avoir entendu des coups de feu. La police n'a finalement retrouvé ni blessé ni trace de tir, et les recherches n'ont pas permis de retrouver les personnes recherchées.
La Vallonnière doit, elle aussi, être abordée avec mesure. Son intégration récente à la géographie prioritaire ne traduit pas automatiquement une situation de forte délinquance. Au contraire, l'enquête municipale 2024 indique que 73 % des habitants de La Vallonnière déclaraient se sentir en sécurité, un niveau présenté comme faisant partie des plus élevés parmi les quartiers prioritaires étudiés, avec Laënnec et la Duchère. Le nouveau statut QPV répond donc à un ensemble de problématiques sociales et urbaines plus large que la seule sécurité.
Sœur Janin : un petit quartier du 5e confronté à la précarité et à l’isolement
Le quartier Sœur Janin, dans le 5e arrondissement de Lyon, présente une configuration très différente des grands ensembles de l'est lyonnais. Le secteur est relativement petit et résidentiel, mais il connaît une forte fragilité sociale. La Ville de Lyon l'a maintenu dans la nouvelle géographie prioritaire 2024-2030 en élargissant son périmètre. Les données de la politique de la ville mettent notamment en évidence une population confrontée à la pauvreté, une cohésion sociale fragile et une mixité sociale limitée. Le quartier dispose également de peu d'animation et de services de proximité, ce qui renforce son sentiment d'isolement. La question de la sécurité existe, mais Sœur Janin ne ressort pas des données municipales comme l'un des secteurs lyonnais les plus problématiques. Les enquêtes Écoute-habitants montrent même une situation plutôt favorable sur certains indicateurs. En 2022, Janin faisait partie des quartiers présentant des niveaux relativement élevés de bien-être, d'amélioration perçue du quartier et de sécurité, contrairement aux États-Unis, Langlet-Santy ou Moncey-Voltaire-Guillotière où plusieurs indicateurs s'étaient dégradés.
Le classement en QPV doit donc ici être interprété principalement comme le résultat d'une concentration de difficultés économiques et sociales, et non comme la preuve d'un niveau particulièrement élevé de délinquance. Le projet de territoire prévoit notamment le développement de nouveaux services publics et une amélioration de l'animation locale. Cette évolution pourrait modifier progressivement le fonctionnement du secteur, mais Sœur Janin reste aujourd'hui un quartier où les enjeux de pauvreté, d'accès aux services, de lien social et de mixité sont plus caractéristiques que les faits divers spectaculaires.
Laënnec : un nouveau quartier prioritaire du 8e arrondissement
Laënnec constitue l'un des deux nouveaux quartiers prioritaires créés à Lyon en 2024, avec La Vallonnière. Le secteur se situe dans le 8e arrondissement, à proximité de Mermoz et des États-Unis, dans une partie de l'arrondissement historiquement marquée par les grands ensembles et les opérations de renouvellement urbain. Son intégration à la géographie prioritaire résulte principalement de sa situation socio-économique défavorable et de la concentration de ménages aux revenus modestes. La nouvelle géographie porte ainsi à quatre QPV dans le 8e arrondissement : États-Unis–Langlet-Santy, Mermoz, Moulin-à-Vent et Laënnec. Cette proximité géographique avec Mermoz et les États-Unis peut facilement conduire à associer Laënnec aux difficultés de ces quartiers, mais les situations ne sont pas identiques. Les documents municipaux consacrés aux quartiers populaires du 8e présentent Laënnec comme un territoire soumis aux mêmes grands enjeux de logement, sécurité, espaces publics, accès aux services et inégalités économiques, mais sans le présenter comme un secteur concentrant à lui seul les principaux faits de délinquance de l'arrondissement. La politique de la ville y intervient donc surtout dans une logique de réduction des inégalités et d'amélioration du cadre de vie.
Laënnec s'inscrit par ailleurs dans un ensemble urbain en transformation. Le secteur bénéficie de la dynamique de renouvellement engagée dans l'est lyonnais, notamment autour de Mermoz, des États-Unis et des infrastructures de transport. Cette évolution est importante pour comprendre la situation actuelle : l'intégration en QPV ne signifie pas que le quartier constitue une zone dangereuse, mais qu'il répond aux critères socio-économiques retenus par l'État pour concentrer les moyens de la politique de la ville. Les documents municipaux montrent d'ailleurs que les cinq quartiers populaires du 8e — États-Unis, Mermoz, Langlet-Santy, Moulin-à-Vent et Laënnec — font l'objet d'un programme commun portant sur le logement, les espaces verts, les services publics, l'emploi et la sécurité.
Moncey : un petit secteur central marqué par la précarité
Moncey, dans le 3e arrondissement, mérite enfin une section distincte. Le quartier est situé au cœur de Lyon, à proximité immédiate de la Guillotière, dans un environnement urbain beaucoup plus dense que celui de Mermoz, de Moulin-à-Vent ou de La Duchère. Son intégration à la politique de la ville est ancienne et son périmètre QPV a été maintenu dans la géographie 2024. Le secteur compte environ 1 867 habitants vivant dans le périmètre prioritaire. La situation de Moncey est particulièrement intéressante par rapport aux quartiers exposés à la délinquance car il se trouve au contact direct de la Guillotière, secteur beaucoup plus vaste et très fréquenté. Polville décrit Moncey comme un petit quartier situé au cœur du centre-ville et du quartier populaire métropolitain de la Guillotière, avec un taux de pauvreté élevé et des besoins importants en matière de santé et d'accès aux droits. Cette proximité avec les secteurs commerçants et les grands axes de circulation produit également une situation très différente de celle des quartiers périphériques constitués autour de grands ensembles.
Les enquêtes municipales montrent surtout une dégradation du sentiment de sécurité dans l'ensemble Moncey-Voltaire-Guillotière. En 2024, ce secteur figurait avec les États-Unis parmi ceux où les habitants déclaraient le moins se sentir en sécurité. Le sentiment de sécurité avait toutefois évolué différemment selon les sous-secteurs : il s'était amélioré à Voltaire et dans la Guillotière, tandis qu'il s'était dégradé à Moncey. Cette distinction est importante car les trois secteurs sont souvent regroupés dans les statistiques ou dans le langage courant alors qu'ils présentent des situations urbaines différentes. Les enjeux de sécurité y sont étroitement mêlés aux questions de pauvreté, de tranquillité publique, d'occupation de l'espace et de cohabitation entre différents usages du centre-ville. C'est ce qui justifie de le distinguer de la seule Guillotière.
Une situation sécuritaire très contrastée selon les quartiers lyonnais
La délinquance lyonnaise ne se résume pas aux quartiers populaires de l'est et du nord de la ville. Les 62 618 crimes et délits enregistrés en 2025 concernent l'ensemble de la commune et une part importante correspond à des vols, des cambriolages, des vols dans les véhicules ou des dégradations. Les statistiques officielles ne permettent donc pas d'établir une hiérarchie précise entre les différents quartiers.
Les faits divers récents montrent toutefois que certains secteurs connaissent ponctuellement des épisodes de violences particulièrement graves. Les fusillades de la Guillotière, de Mermoz et des États-Unis en 2026 illustrent la persistance de violences impliquant des armes à feu. À la Duchère, l'année 2025 avait déjà été marquée par un homicide par arme à feu, tandis que les opérations de police et les découvertes d'armes témoignent de la présence de problématiques liées au trafic de stupéfiants.
La ville mène parallèlement d'importants programmes de renouvellement urbain. Mermoz, La Duchère et les États-Unis font notamment l'objet de projets portant sur les logements, les espaces publics, les équipements et la diversification de l'habitat. Ces transformations s'inscrivent dans une stratégie de long terme destinée à réduire les difficultés urbaines et sociales de certains secteurs.

Zacharie Antoine
Expert immobilier indépendant, spécialisé dans l’évaluation de biens résidentiels, commerciaux et patrimoniaux depuis 15 ans. Mon approche repose sur une analyse rigoureuse des données techniques, juridiques et urbanistiques, complétée par une lecture précise des dynamiques du marché local.