Loi Carrez : définition, législation et application

La loi Carrez, issue de la Loi n°96-1107 du 18 décembre 1996, s’inscrit dans le prolongement de la Loi du 10 juillet 1965, qui constitue le socle du régime juridique de la copropriété en France. Elle doit son nom au député Gilles Carrez, à l’origine de cette initiative législative visant à mieux encadrer l’information fournie aux acquéreurs. En complétant ce cadre, elle impose, lors de la vente d’un lot de copropriété, la mention obligatoire de sa superficie privative dans tout avant-contrat et acte authentique.

Lors de la vente d'un appartement en copropriété, la surface annoncée peut avoir une conséquence directe sur le prix de vente et sur la sécurité juridique de la transaction. Une erreur de plus de 5 % entre la superficie indiquée dans l'acte et la superficie réelle peut notamment permettre à l'acquéreur de demander une diminution proportionnelle du prix. C'est précisément le rôle de la loi Carrez : imposer l'indication de la superficie privative de certains lots de copropriété vendus en France. Cette surface ne correspond toutefois ni exactement à la surface habitable, ni nécessairement à la surface affichée dans une annonce immobilière.

Murs, escaliers, caves, garages, surfaces sous 1,80 mètre de hauteur ou encore certaines annexes peuvent être exclus du calcul. À l'inverse, une mezzanine, des combles aménagés ou une véranda peuvent parfois être pris en compte selon leurs caractéristiques.

À retenir Règle
Biens concernés Principalement les lots situés en copropriété
Vente concernée Vente d'un lot ou d'une fraction de lot
Surface mesurée Superficie privative
Hauteur minimale 1,80 mètre
Caves et garages Exclus
Lots de moins de 8 m² Exclus dans les conditions prévues par les textes
Erreur supérieure à 5 % Réduction proportionnelle du prix possible
Délai pour agir en réduction du prix 1 an après l'acte authentique
Absence de surface dans l'acte Action en nullité possible dans certaines conditions

 

La loi Carrez s’inscrit ainsi dans un mouvement plus large de sécurisation des transactions immobilières et, plus généralement, de protection du consentement dans le droit des contrats. Elle illustre l’évolution du droit contemporain vers une contractualisation davantage encadrée, dans laquelle l’information précontractuelle occupe une place centrale et participe à l’équilibre des relations entre les parties.

Qu’est-ce que la loi Carrez ?

La loi Carrez impose d'indiquer la superficie de la partie privative lors de la vente de certains lots situés dans un immeuble soumis au statut de la copropriété. Cette information doit permettre à l'acquéreur de connaître avec précision la surface réellement prise en compte dans la transaction. La superficie Carrez ne consiste pas simplement à additionner toutes les pièces d'un logement. Le calcul repose sur des règles précises : seuls certains locaux et certaines parties de plancher sont retenus. Les surfaces occupées par les murs, cloisons, marches, cages d'escalier, gaines ou embrasures de portes et fenêtres doivent notamment être déduites.

Les parties dont la hauteur est inférieure à 1,80 mètre ne sont pas intégrées au calcul. Le résultat obtenu correspond à la superficie privative légalement retenue pour la vente concernée.

La loi Carrez est-elle obligatoire ?

La mention de la superficie privative est obligatoire lors de la vente d'un lot ou d'une fraction de lot relevant du régime concerné par l'article 46 de la loi du 10 juillet 1965. Cette obligation concerne aussi bien certains avant-contrats que l'acte authentique de vente. Le vendeur reste responsable de l'information fournie à l'acquéreur. Le recours à un professionnel pour réaliser le mesurage n'est pas imposé par la loi, mais il peut être fortement recommandé lorsque le logement présente une configuration complexe : combles, mezzanine, plusieurs niveaux, pièces mansardées ou modifications réalisées au cours du temps.

L'absence de toute mention de superficie peut permettre à l'acquéreur d'engager une action en nullité dans le délai prévu par la loi. Lorsque la superficie réelle est inférieure de plus d'un vingtième, soit plus de 5 %, à celle indiquée dans l'acte, l'acquéreur peut demander une diminution proportionnelle du prix.

Quels biens sont concernés par la loi Carrez ?

La loi Carrez concerne principalement les lots de copropriété vendus, notamment les appartements situés dans des immeubles collectifs. Elle peut également concerner certains locaux professionnels ou commerciaux lorsqu'ils constituent des lots relevant du statut de la copropriété. Ce n'est donc pas la destination résidentielle du bien qui détermine à elle seule l'application du dispositif, mais notamment son statut juridique. Une maison individuelle détenue seule sur son terrain n'est généralement pas concernée par la loi Carrez. En revanche, une maison faisant partie d'une copropriété horizontale peut être soumise à ces règles.

Situation Loi Carrez applicable ?
Appartement en copropriété Oui, en principe
Studio en copropriété Oui, sous réserve des règles applicables
Maison individuelle hors copropriété Non
Maison en copropriété horizontale Peut être concernée
Local commercial en copropriété Peut être concerné
Cave vendue séparément Non pour le mesurage Carrez
Garage Non
Place de stationnement Non

Les caves, garages et emplacements de stationnement font expressément partie des exclusions prévues par l'article 46.

Appartement loi carrez

Comment calculer une surface loi Carrez ?

Le calcul de la surface Carrez peut être compris comme une succession de vérifications. Il faut d'abord identifier les espaces relevant de la partie privative, mesurer les surfaces de plancher concernées, puis retirer les éléments exclus par la réglementation.

Mesurer les locaux clos et couverts

La superficie privative repose sur les planchers des locaux clos et couverts appartenant à la partie privative du lot. Une simple surface extérieure, même lorsqu'elle est accessible exclusivement au propriétaire, n'est donc pas automatiquement intégrée. La situation peut devenir plus complexe lorsqu'un espace a été fermé ou transformé après la construction initiale du bâtiment. Dans ce cas, la configuration matérielle réelle du bien au moment de la vente peut jouer un rôle dans l'appréciation de la surface. La jurisprudence a ainsi pu retenir la réalité matérielle d'un espace transformé plutôt que sa seule désignation ancienne dans les documents de copropriété.

Retirer les éléments qui occupent la surface

La superficie Carrez ne correspond pas à la totalité de la surface au sol brute. Certaines surfaces doivent être déduites. Il s'agit notamment des surfaces occupées par les murs, les cloisons, les marches, les cages d'escalier, les gaines ainsi que les embrasures de portes et de fenêtres. Le principe consiste donc à mesurer la surface réellement disponible à l'intérieur des locaux concernés, selon les règles définies par les textes applicables.

Exclure les parties sous 1,80 mètre

Une partie du logement peut être parfaitement utilisable tout en étant exclue de la surface Carrez. C'est notamment le cas des zones dont la hauteur sous plafond est inférieure à 1,80 mètre. Cette règle concerne particulièrement les appartements sous combles, les chambres mansardées et certains duplex. Une pièce de 20 m² au sol ne compte donc pas nécessairement pour 20 m² en loi Carrez si une partie importante de sa surface se situe sous une hauteur insuffisante.

Vérifier les lots de petite superficie

Les textes prévoient également des règles particulières concernant les lots ou fractions de lots d'une superficie inférieure à 8 m². Cette règle ne doit cependant pas être interprétée trop simplement. La jurisprudence a notamment précisé que lorsqu'un appartement résulte matériellement de la réunion de plusieurs lots, la réalité physique du logement peut primer sur une lecture purement formelle des différents numéros de lots figurant dans la copropriété.

Quelles surfaces sont prises en compte dans la loi Carrez ?

Certaines pièces classiques sont généralement intégrées au calcul dès lors qu'elles répondent aux conditions applicables. La fonction de la pièce importe généralement moins que ses caractéristiques physiques et juridiques. Une surface doit notamment relever de la partie privative et répondre aux conditions de calcul prévues par les textes.

Partie du logement Prise en compte possible ?
Salon Oui
Chambre Oui
Cuisine Oui
Salle de bain Oui
WC Oui
Couloir Oui
Placard Oui, selon sa configuration
Combles aménagés Oui, pour les parties répondant aux conditions
Mezzanine Oui, dans certaines situations
Véranda Peut être prise en compte selon ses caractéristiques
Buanderie Oui si elle fait partie de la partie privative concernée

Quelles surfaces sont exclues de la loi Carrez ?

Certaines surfaces sont clairement exclues, même lorsqu'elles représentent une valeur importante pour l'acquéreur.

Surface Comptée dans la surface Carrez ?
Cave Non
Garage Non
Box Non
Place de parking Non
Balcon Non
Terrasse Non
Surface extérieure Non
Partie sous 1,80 mètre Non
Murs et cloisons Non
Marches et escaliers Non
Gaines Non

Exemple concret de calcul d’une surface loi Carrez

Prenons un appartement comprenant les espaces suivants :

Partie du logement Surface au sol
Salon 25 m²
Cuisine 8 m²
Chambre 12 m²
Salle de bain 5 m²
Couloir 4 m²
Partie sous pente inférieure à 1,80 m 6 m²
Balcon 5 m²

La surface brute de l'ensemble représente 65 m². Le balcon est exclu du calcul et la partie située sous 1,80 mètre de hauteur ne peut pas être intégrée à la superficie Carrez. Dans cet exemple simplifié, la surface prise en compte avant les éventuelles autres déductions techniques serait donc de :

65 m² − 5 m² − 6 m² = 54 m².

Dans un véritable mesurage, il faudrait également tenir compte des murs, cloisons, gaines, embrasures et autres éléments exclus. Le résultat final peut donc différer de la simple addition des surfaces indiquées sur un plan.

Qui peut réaliser un mesurage loi Carrez ?

La loi n'impose pas systématiquement de faire appel à un professionnel pour mesurer soi-même son bien. Le propriétaire peut théoriquement réaliser le calcul, mais il assume alors le risque d'une erreur. Cette solution peut être envisageable pour un logement simple et parfaitement rectangulaire, sans particularité architecturale. Elle devient beaucoup plus risquée lorsque le bien comporte :

  • des combles ;
  • plusieurs niveaux ;
  • des surfaces mansardées ;
  • une mezzanine ;
  • une véranda ;
  • des extensions ;
  • plusieurs lots réunis ;
  • des transformations anciennes.

Combien coûte un mesurage loi Carrez ?

Le prix d'un mesurage dépend principalement de la superficie du logement, de sa localisation et de sa complexité. Un appartement classique de petite ou moyenne taille demande généralement moins de temps qu'un duplex ancien comportant plusieurs niveaux et des pièces mansardées. Le coût doit être comparé au risque financier lié à une erreur importante. Une surestimation de la surface de plus de 5 % peut en effet conduire à une diminution proportionnelle du prix de vente. Pour un bien vendu plusieurs centaines de milliers d'euros, quelques mètres carrés d'écart peuvent représenter un enjeu financier significatif.

SITUATION

BUDGET CONSTATÉ

Petit appartement

Environ 70 à 100 €

Appartement familial

Environ 100 à 150 €

Grande maison ou bien complexe

Plus de 150 €

Quelle est la durée de validité d’un mesurage Carrez ?

Contrairement à certains diagnostics immobiliers, la superficie Carrez n'est pas associée à une durée de validité fixe exprimée en années. Le mesurage reste pertinent tant que les caractéristiques du bien correspondant à la surface mesurée ne changent pas. En revanche, de nouveaux travaux peuvent modifier la superficie à prendre en compte. Une transformation des combles, la fermeture d'un espace, la création d'une mezzanine ou une modification importante de l'agencement peuvent justifier un nouveau mesurage avant la vente.

Mesure de la superficie d'un bureau

Que se passe-t-il en cas d’erreur de surface Carrez ?

L’obligation de mention de la superficie constitue une obligation précontractuelle d’information, qui conditionne la validité de la vente. Cette mention doit figurer dans les actes engageant les parties, notamment le compromis et l’acte authentique. Elle participe à la formation du consentement de l’acquéreur. Sur le plan juridique, cette obligation s’inscrit dans une logique plus large de protection du consentement. Le vendeur peut réaliser lui-même le mesurage, mais cette faculté est fortement déconseillée en raison des risques contentieux. En pratique, le recours à un professionnel constitue une norme implicite du marché.

 

Aspect

Contenu

Conséquence

Nature

Information obligatoire

Condition du consentement

Support

Actes de vente

Opposabilité

Responsable

Vendeur

Engagement de responsabilité

La superficie est supérieure à la réalité

Lorsque la surface réelle est inférieure de plus de 5 % à celle mentionnée dans l'acte, l'acquéreur peut demander une diminution proportionnelle du prix. Prenons un appartement vendu comme mesurant 100 m². Après un nouveau mesurage, sa superficie réelle est de 94 m². L'écart est de 6 %. Le seuil de plus d'un vingtième est donc dépassé. Une action en diminution proportionnelle du prix peut alors être envisagée. L'acquéreur dispose d'un délai d'un an à compter de la signature de l'acte authentique pour engager cette action.

La superficie réelle est supérieure à celle indiquée

La règle fonctionne différemment lorsque le logement est finalement plus grand que prévu. Si la superficie réelle est supérieure à celle mentionnée dans l'acte, le vendeur ne peut pas réclamer automatiquement un supplément de prix pour les mètres carrés supplémentaires. L'article 46 prévoit expressément que l'excédent de mesure ne donne lieu à aucun supplément de prix.

La surface n’est pas indiquée

L'absence de mention de la superficie peut entraîner une action en nullité dans les conditions et délais prévus par la loi. Le délai est court : l'action doit notamment être engagée au plus tard dans le mois suivant l'acte authentique constatant la vente. Il est donc important de vérifier la présence de cette information avant la signature définitive et de ne pas attendre plusieurs mois pour identifier une éventuelle irrégularité.

HLM loi carrez

Vos questions sur la loi Carrez

Une véranda compte-t-elle dans la loi Carrez ?

Une véranda ne doit pas être automatiquement considérée comme incluse ou exclue. Sa prise en compte dépend notamment de ses caractéristiques. Un espace clos, couvert, intégré à la partie privative et répondant aux autres critères applicables peut potentiellement être pris en compte dans la superficie. À l'inverse, une véranda construite sur une partie commune à jouissance privative ou ne répondant pas aux critères juridiques et matériels nécessaires peut être exclue.

Les combles comptent-ils dans la surface Carrez ?

Les combles peuvent être intégrés à la surface Carrez, mais uniquement pour les parties répondant aux conditions du calcul. La principale difficulté concerne généralement la hauteur sous plafond. Dans une pièce mansardée, seule la partie dont la hauteur atteint au moins 1,80 mètre peut être prise en compte. Un espace peut donc être aménagé en chambre et être utile dans la vie quotidienne sans que toute sa surface au sol soit intégralement comptabilisée dans la superficie Carrez.

Une mezzanine compte-t-elle dans la loi Carrez ?

Une mezzanine peut être prise en compte lorsqu'elle constitue une véritable partie intégrée au bien et répond aux conditions applicables. La jurisprudence a notamment reconnu qu'une mezzanine faisant corps avec l'immeuble et constituant une véritable pièce pouvait être intégrée dans le calcul de la superficie privative. La simple présence d'une structure surélevée ne suffit toutefois pas à répondre automatiquement à toutes les conditions nécessaires.

Loi Carrez et loi Boutin : quelles différences ?

La confusion entre loi Carrez et loi Boutin est fréquente car les deux dispositifs concernent la surface d'un logement. Leur objectif et leur contexte d'application sont toutefois différents.

Loi Carrez Loi Boutin
Principalement liée à la vente Liée à la location
Concerne certains lots en copropriété Concerne la surface habitable du logement loué
Mesure la superficie privative Mesure la surface habitable
Utilisée pour informer l'acquéreur Utilisée pour informer le locataire
Caves et garages exclus Règles propres à la surface habitable
Sanctions spécifiques en cas d'erreur Conséquences différentes

La superficie Carrez et la surface habitable peuvent donc être différentes pour un même appartement.

Un propriétaire ne doit pas reprendre automatiquement un chiffre obtenu pour un diagnostic afin de l'utiliser dans un autre contexte juridique. Chaque mesure répond à ses propres règles.

Zacharie Antoine, expert immobilier

Zacharie Antoine

Expert immobilier indépendant, spécialisé dans l’évaluation de biens résidentiels, commerciaux et patrimoniaux depuis 15 ans. Mon approche repose sur une analyse rigoureuse des données techniques, juridiques et urbanistiques, complétée par une lecture précise des dynamiques du marché local.